Le but de la psychométrie appliquée au digital serait est de mieux comprendre les capacités cognitives d’une personne, de cerner une personnalité et ses tendances comportementales selon son empreinte numérique. Dis-moi sur quoi tu cliques, je te dirai qui tu es ! Pour illustrer ce propos, observons, dans un premier temps, le résultat d’un test dénommé « apply secret sauce » qui permet d’analyser les traits dominants d’une personne à partir des données laissées sur les réseaux sociaux. Dans un second temps, résumons l’entretien de Michal Kosinski donné lors de 2 conférences en Suisse (Zurich) très récemment. Il est un des co-créateurs du test de psychométrie de l’université de Cambridge. Sa vision sur la protection des données personnelles par ces temps de scandales, de fuites de données a de quoi surprendre, mais incite néanmoins à la réflexion.

Psychométrie et profilage  à l’aide des données laissées sur les réseaux sociaux

Qu’est-ce que le test Apply magic sauce ?

Ce test  Apply Magic Sauce, issue de l’université de Cambridge est construit à base d’algorithmes prédictifs. Ils analysent un comportement en ligne et en déduisent un profil psycho-démographique. Cette analyse se fait en 2 temps. En premier, les données de Facebook, Twitter, LinkedIn sont téléchargées sous forme de dossier .zip puis ensuite uploadées sur le site  afin d’en effectuer une analyse.

Magic apply sauce n’a rien à voir avec le scandale de Cambridge analytica.   L’université de Cambridge et son laboratoire en recherche psychométrique à l’origine de cet outil réfute le genre de techniques rendues tristement célèbres par Cambridge Analytica. Ce centre n’a aucune relation avec Facebook et autres organismes politiques impliqués dans l’affaire.

Les concepteurs de ce mini laboratoire psychométrique en ligne indiquent que chaque citoyen possède le droit de comprendre l’empreinte de ses données. La plupart des grandes entreprises technologiques préfèrent ne pas les révéler.

Apply Magic Sauce, pourquoi faire ?

Ce petit exercice permet de toucher du doigt le rapport entre nos actions en ligne et la construction d’un profil utilisateur, base de la construction d’une audience publicitaire pour les grands GAFA, et les autres !

Utiliser Magic Sauce  permet de percevoir comment les plateformes nous perçoivent.  Ce portrait porte sur certains traits de personnalité, comme le bonheur, l’intelligence, le potentiel entrepreneurial. Le leadership etc

Configuration du test Apply magic sauce

C’est vraiment tout simple, vous vous rendez sur le site https://applymagicsauce.com/. Un tutoriel vous explique comment récupérer vos données personnelles et surtout quoi récupérer et sous quel format. Il suffit de se rendre sur Facebook, twitter, LinkedIn, télécharger les données en locales sur votre ordinateur puis les uploader sur la apply magic sauce.

Quels types de résultats pour ce test psychométrique ?

Facebook et l’IA sont une chance pour la démocratie selon Kosinski

Rappel des faits sur l’origine de l’affaire  » Cambridge Analytica »

Toute l’histoire commence au milieu des années 2010, lorsque Kosinski travaille au prestigieux Center for Psychometry de l’Université de Cambridge. Il constate que les algorithmes peuvent créer un profil psychologique complet d’un l’utilisateur avec seulement quelques données collectées sur Facebook. C’est ce processus qui légèrement modifié sera à l’origine de l’affaire Cambridge Analytica.

Kosinski sera impliqué indirectement dans ce tourbillon médiatique.  Aujourd’hui ce professeur est enseignant chercheur à L’université de Standford répond.

Abollir la protection des données personnelles

Ce professeur met en avant le fait que par nature, l’homme n’a jamais eu l’opportunité d’avoir autant de liberté et de respect de la vie privée que dans les sociétés urbaines. Dans la nature, dans les tribus et village, aucune protection individuelle n’est possible. C’est l’anonymat de la ville qui créé cette intimité.

Kosinski invite au renoncement des libertés sur les données personnelles. Sur le fond, tout n’est pas blanc ou noir présise-t-il . Dans une société rurale sans technologie, le tissu social prive de liberté par essence les individus au profit de la collectivité, de la communauté. Dans les villes, ce lien social n’est pas présent nativement et l’espace privé est par essence présent. Les conduites répréhensibles comme le vol sont plus omniprésentes.

Si l’on revient au monde rural, la sédentarité amenée par l’agriculture a déclenché un plus grand nombre de conflits, et le nomadisme vertu première de l’homme, s’est estompé au profit d’un enracinement des sociétés.

Impossible de revenir en arrière selon Kosinski

Il est difficile de revenir en arrière, la révolution du numérique est comparable aux évolutions précédentes du monde. Le big data amène son florilège d’inconvénients, mais aussi ses avantages. Nous devons passer ce cap de la révolution numérique où tous les coups sont permis. Il est impensable de revenir en arrière indique M Kosinski.

Nous n’avons pas de géant de la donnée en Europe au détriment de zone comme la chine, les US où les problèmes reliés à la protection des données ne sont pas du même ordre. Les chinois plus particulièrement prennent l’avantage dans le traitement des données à grandes échelles car la protection des données personnelles n’est pas une contrainte et la vie privée un concept inconnu.

Le problème n’est pas la donnée mais ce que l’on en fait avec souligne le chercheur.  Ce dernier cite le cas de l’assurance où le législateur imposerait à toute compagnie d’éduquer, et d’établir des contrats pour tous les citoyens. Autre cas, ou les recherches sensibles sur Google seraient rendus accessibles et pourraient prévenir des suicides et autres délits. Kosinski dénonce l’hypocrisie qui consiste à considérer certaines données comme personnelles et à protéger de celles qui consistent aujourd’hui à faire vendre des produits inutiles au plus grand nombre.

Les fake news ne sont pas le problème !

Sur le sujet de prochaines élections, kolinski ne prévoir pas d’avalanches de fake news. La vraie question selon lui, ce n’est pas la présence de fake news, mais de savoir si le citoyen y croit plus aujourd’hui, qu’hier. De souligner que l’information est partout. La radicalisation facilitée, kosinski n’y croit pas non plus et de souligner plutôt les efforts qui vont dans le bon sens, comme les améliorations faites sur les droits de l’homme, la défense des homosexuels. Ces progrès sociétaux sont dus aux avancées dans l’accès à l’information qui s’est démocratisé. kosinski ne croit pas à la désinformation diffusée sur les réseaux sociaux, qu’il considère comme un réel atout pour la démocratie.

Un monde dominé par les algorithmes mais piloté par une intelligence artificielle démocratique

On le voit dans le monde politique, Il faut se méfier des algorithmes. De ceux qui savent aujourd’hui les utiliser, ils ressortent gagnant vis à vis de ceux qui les ignore. Le monde financier est déjà dépendant des algorithmes quand la banque centrale prend ses décisions d’arbitrage sur la politique monétaire selon le résultat des modèles prédictifs.

Arrêtons d’être anxiogène précise Kosinski, et soyons intransigeant en termes de transparence vis à vis de l’intelligence artificielle !

Une société d’exposition 

Pour terminer sur ce sujet….On ne peut que recommander ce  dernier ouvrage « une société d’exposition » qui vient de paraitre sur le sujet.  Bernard E. Harcourt dresse sa vision sur le comportement des individus qui compose cette  nouvelle transparence virtuelle. Il dénonce cette servitude volontaire numérique vis à vis des grandes plateformes numériques. La vie privée est en danger , mais personne ne semble s’en préocuper ! 

"La Société d'exposition" (Seuil, 2020)